Activision Blizzard – Le Président J. Allen Brack démissionne

Depuis quelques semaines maintenant, Activision Blizzard est au cœur d’une lourde polémique autour du traitement d’une partie de ses employés et de leurs conditions de travail, qui ont donné lieu à une plainte du Département Californien de l’Emploi et du Logement équitable. Le studio a annoncé la démission de J. Allen Brack, son Président.

La nouvelle a été annoncée dans un communiqué d’Activision Blizzard il y a peu : le Président du studio, J. Allen Brack, à ce poste depuis 2018, a démissionné à effet immédiat. Il est remplacé par un duo mixte, composé de Jen Oneil, vice-présidente exécutive du développement depuis janvier 2021, notamment en charge de Diablo et Overwatch, et Mike Ybarra, vice-président exécutif et directeur général de la plate-forme et de la technologie depuis 2019. Ils deviennent “coleaders” de Blizzard avec le départ de J. Allen Brack, qui a d’ailleurs annoncé être “convaincu qu’ils apporteront le leadership dont Blizzard a besoin pour réaliser son plein potentiel” et qu’ils “accéléreront le rythme du changement”. Un changement que l’entreprise a mis un point d’honneur à promettre dans différents communiqués, pour tenter de répondre à la plainte déposée contre elle, et aux voix de ses salariés qui s’élèvent contre les résultats d’une enquête ouverte il y a deux ans maintenant.

Harcèlement sexuel, comportements sexistes, discriminations… La liste est longue

L’enquête en question a donné lieu à une plainte du Department of Fair Employment and Housing (DFEH) Californien. La dite plainte, épaisse de 29 pages et déposée le 20 juillet dernier devant la Cour Supérieure de Los Angeles, énumère une liste d’événements, de témoignages et de plaintes contre Blizzard, au sujet de harcèlement sexuel, de comportements sexistes, d’inégalités liées au sexe des employés et de nombreux autres éléments, tous tournés contre les femmes de l’entreprise. Et outre les négligences et les non-réactions de la part de la Direction du studio vis-à-vis de ces plaintes, beaucoup de représailles contre les femmes qui se sont manifestées y sont renseignées, renforçant encore plus l’insécurité et le sexisme ambiant qui émanent des bureaux.

En résumé, le studio est accusé d’entretenir une ambiance “frat boys” au sein de ses locaux. Un terme qui fait référence aux fraternités américaines et encourage un comportement suffisant, sexiste et abusif auprès des femmes de l’entreprise, qui y sont régulièrement la cible de commentaires déplacés, de blagues autour du viol et du physique des employées, et de divers actes et déclarations sexistes. L’enquête évoque même le terrible suicide d’une employée lors d’un voyage d’affaire en compagnie de son superviseur, pouvant être lié à du harcèlement sexuel.

D’après le DFEH, “la conformité d’Activision Blizzard avec les larges protections californiennes sur le lieu de travail est attendue depuis longtemps. Pour faire respecter une telle conformité, le DFEH engage cette action d’exécution du gouvernement visant à remédier, prévenir et dissuader les violations des droits civils de l’Etat et des lois sur l’égalité de rémunération par Activision Blizzard”. L’enquête a également mis en évidence de grosses inégalités dans la traite du personnel féminin de l’entreprise vis-à-vis de leurs homologues masculins. Outre le manque de femmes aux postes clés, l’enquête indique que d’énormes écarts de rémunération sont pratiqués au niveau des cadres de l’entreprise et que les employées rencontrent énormément de difficultés à obtenir des promotions. Elles seraient également promues bien plus lentement, et seraient également licenciées plus rapidement que les hommes employés par l’entreprise.

J. Allen Brack personnellement impliqué

Le président démissionnaire, J. Allen Brack, vétéran de l’entreprise et en place à ce poste depuis plusieurs années, est lui-même personnellement cité dans la plainte du DFEH. Il lui est notamment reproché d’avoir sous estimé les faits de harcèlements sexuels qui lui avaient été remontés par des employées, et d’avoir réagi très mollement à des plaintes ciblées contre des employés au comportement répréhensible. Est cité comme exemple des plaintes une personnalité importante de l’entreprise, Alex Afrasiabi. “J. Allen Brack, président de Blizzard Entertainment, aurait eu plusieurs conversations avec Afrasiabi à propos de sa consommation d’alcool, et du fait qu’il aurait été “trop familier” vis-à-vis d’employées (…), mais il se serait contenté de lui donner une tape sur la main”. Alex Afrasiabi aurait, après ça, poursuivi ses agissements pendant un long moment, jusqu’à son licenciement l’année dernière.

De lourdes négligences sont donc dénoncées, bien assorties aux premières réactions de la Direction à propos de la plainte du DFEH ces dernières semaines, qui accuse le studio d’avoir réagi de façon inappropriée en cherchant à minimiser les faits. Dans un premier communiqué publié après le dépôt de la plainte, la Direction de Blizzard Entertainment affirmait que les faits qui y sont dénoncés “ne représentent pas l’environnement de travail d’Activision Blizzard aujourd’hui”. Et si des promesses ont été faites à propos de nouvelles méthodes de recrutement plus inclusives ou de sessions d’écoute en interne, la communication de la Direction a très mal été accueillie…

Lettre ouverte, grève, manifestation… Les employés réagissent

Plusieurs centaines d’employés ont manifesté devant les bureaux de Blizzard, le 28 juillet dernier.

Suite à cette communication, le ton est monté pour les employés, qui ont signé une lettre ouverte à leur Direction. D’importants médias américains, comme Vice ou le New York Times, ont également relayé l’affaire. Avec une manifestation prévue le 28 juillet et un appel à la grève, la tendance a semble-t-il quelque peu changé pour la Direction du studio, qui est intervenue dans un nouveau communiqué par l’intermédiaire de son président directeur général, Bobby Kotick, qui s’est dit désolé que l’entreprise n’ait “pas pu offrir l’empathie et la compréhension adéquates. (…) Nous ferons tout ce qui est possible pour qu’ensemble nous améliorions et créions un espace de travail inclusif qui est essentiel pour favoriser la créativité et l’inspiration”. Le lendemain, plusieurs centaines d’employés ont manifesté devant les locaux du studio, augmentant encore un peu plus la pression autour des haut-placés d’Activision Blizzard.

Le départ de J. Allen Brack fait vraisemblablement suite à cette pression importante et à la plainte en cours, même si les raisons n’ont pas été dévoilées. L’effet immédiat de cette démission permet toutefois de penser que Blizzard  cherche à créer une nouvelle dynamique suite à ces événements. Reste à savoir si elle sera efficace, quelles seront les conséquences à venir pour le studio et leurs dirigeants et surtout, quelles issues seront trouvées pour toutes les personnes victimes des faits dénoncés par l’enquête.

mm

Axel "Popov34" Spaenlé

Rédacteur

Entré dans l'eSport par une petite porte dérobée, Axel a gardé ce petit côté naïf qui rendent ses yeux brillants quand une foule hurle près d'une scène pleine de consoles ou d'ordinateurs. Grand défenseur des communautés opprimées dans l'univers du jeu vidéo, il passe ses nuits à courir sur les toits en cape et collants, attendant patiemment que quelqu'un allume enfin le Batsignal ou ressuscite OGame.

Mehr von Axel "Popov34" Spaenlé
signaler une nouveauté
Follow Us
Stay in the game!

Abonne notre bulletin maintenant!

Follow Us
eSports.ch