Compétition après compétition, quels challenges?

De nos jours, les compétitions s’enchaînent à un rythme effréné sur CS:GO. Une équipe avide de matchs officiels et qualifiée, ou invitée, dans les circuits ESL et BLAST, voit son calendrier se charger drastiquement. Les raisons derrière toutes ces participations sont multiples et toutes compréhensibles à un certain degré.

L’appel de la compétition, le besoin pour les structures de promouvoir leur nom, la pression des sponsors ou encore la recherche des points pour les classements importants expliquent comment certaines équipes se retrouvent parfois acculées et peinent à progresser, voire à maintenir un haut niveau. Aujourd’hui, j’aimerais faire un tour des défis qu’un tel calendrier représente pour une équipe de Counter-Strike. 

Un temps de préparation limité

Un premier argument est d’ordre purement pragmatique. Aujourd’hui, l’écart entre les matchs officiels s’est réduit de manière significative, ce qui implique qu’une équipe dispose généralement de moins de temps pour la préparation tactique d’une rencontre. Généralement, une équipe de CS:GO joue six cartes, l’immense majorité ayant un véto naturel, une carte qu’elle ne joue jamais, ce qui représente un travail d’analyse stratégique très important pour apprendre les habitudes, les cadences et les routines de son adversaire. Naturellement, à très haut niveau, les organisations disposent d’une certaine main d’œuvre, des coachs et analystes, qui décortiquent ces informations et les transmettent efficacement à leurs joueurs. Néanmoins, le problème reste le temps à disposition pour préparer un match. Imaginez un instant qu’une équipe dispose d’une semaine pour préparer un match et qu’elle a la possibilité de plonger dans les moindres détails du jeu de leur adversaire. Il est très probable qu’elle mette en place des contingences efficaces pour exploiter les faiblesses adverses. Imaginez, maintenant, que cette équipe doit jouer cinq rencontres dans la même semaine. Mathématiquement, le peu de temps imparti entre chaque rencontre force toutes les équipes de haut niveau à une préparation aussi efficace que possible mais limitée dans sa profondeur.

S’améliorer entre les événements

Dans un effort de pédagogie, j’essaie souvent de distinguer deux types de travail tactique, ou d’entraînement, qu’une équipe peut utiliser lorsqu’elle se prépare pour une compétition. A l’un extrême du continuum se trouve ce que j’appelle le travail en profondeur. Cela signifie qu’une équipe va tenter d’implémenter des nouvelles stratégies dans son jeu, peut-être envisager des changements de position de leurs défenses voire même repenser la philosophie entière de son jeu. Ces changements ont généralement comme effet une baisse de performance à court terme puisqu’une équipe aura besoin de temps afin d’éliminer les erreurs et de lisser les détails de leurs stratégies. A long terme, ce travail rend une équipe bien plus forte puisqu’elle dispose, une fois préparée, d’un portfolio stratégique plus diversifié et donc de plus nombreuses cordes à son arc. A l’autre extrême se trouvent les solutions de type pansement. Lorsqu’une équipe considère qu’elle n’a pas le temps d’effectuer un travail en profondeur, le mieux qu’elle puisse faire est de peaufiner les détails de son jeu préexistant. Pour les meilleures équipes du monde, cela peut parfois faire la différence d’une compétition à l’autre pour obtenir de meilleurs résultats mais cela ne mène généralement pas à une transcendance. Le rythme des compétitions, aujourd’hui, force très souvent les équipes professionnelles à rester superficielles dans les solutions qu’elles peuvent trouver à leurs échecs. Cela est tout à fait compréhensible puisque la baisse de régime dont je parlais ultérieurement, lorsqu’une équipe effectue des changements profonds, n’est parfois pas envisageable avec la pression de résultat qu’accompagne toutes ces compétitions. Malheureusement, cela peut mener à une avalanche de mauvais résultats si une équipe n’a tout simplement pas le temps d’améliorer un point clef de son jeu. 

La fatigue et le danger des séries 

Chaque rencontre représente une débauche d’énergie importante pour toute équipe sur CS:GO où les parties peuvent durer plusieures heures durant lesquelles la pression atteint un niveau élevé. Au-delà du danger de burnout que peut représenter l’enchaînement des matches officiels pour n’importe quelle composition, je remarque souvent que les équipes qui sautent d’une compétition à l’autre très rapidement ont des difficultés à “inverser la tendance”. J’entends par là qu’un ou deux mauvais résultats ont parfois tendance à se transformer en une avalanche de déceptions. Le perfide manque de confiance s’insère et se propage inexorablement dans la tête des joueurs, comme un fil d’eau dans la roche, qui peinent à démarrer leurs rencontres avec conviction. De manière générale, lorsqu’une équipe connaît un moment difficile en termes de résultats, il peut être bénéfique de prendre un pas de retrait, souffler un bon coup, se retrouver en tant que groupe et redémarrer du bon pied. Le calendrier sur CS:GO ne permet pas toujours ce luxe si une organisation décide d’aligner ses joueurs dans toutes les compétitions possibles. Dans ces conditions, cela demande un moral d’acier, mais également un staff extrêmement compétent, pour qu’une équipe reste saine, positive et constructive lors de passages à vide. 

Une épée à double tranchant

Je le disais déjà dans l’introduction de cet article, les raisons pour lesquelles une équipe désire se battre continuellement sont absolument compréhensibles. Si j’ai, pour le besoin de la problématique, focalisé mon énergie sur les dangers d’un rythme élevé, il n’en reste pas moins qu’un groupe a besoin d’objectifs, de temps de jeu en matches officiels, pour évoluer, se tester, se motiver et se dépasser. Il n’existe pas de formule magique et chaque organisation doit, autour de son management et de ses joueurs, trouver le rythme qui convient le mieux pour, d’une part, se mettre en avant le plus possible et d’autre part protéger les joueurs et maintenir un niveau de jeu aussi élevé que possible. Par le passé, certaines équipes, comme Astralis, ont fait le choix, parfois critiqué, de se retirer de certaines compétitions pour pouvoir atteindre leur niveau maximal lors des rendez-vous les plus importants. Ils ont ouvert la voie à une nouvelle façon de penser le calendrier qui, je pense, va se déployer de plus en plus dans les années à venir sur Counter-Strike.

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Mathieu "Maniac" Quiquerez

Chroniqueur

Mathieu 'Maniac' Quiquerez est un des experts de la scène internationale de CS:GO. Ancien joueur professionnel durant plusieurs années, notamment chez LDLC et Titan, également ancien coach pour EnVyUs, il travaille maintenant comme analyste/expert pour les compétitions les prestigieuses du monde.

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