Maniac à Copenhague : Commenter VALORANT, un nouveau défi

Toujours à Copenhague, et ce jusqu’à la fin de l’année, j’ai entamé il y a deux semaines un nouveau challenge, travailler comme analyste pour Spike Nations, puis les qualifications européennes de First Strike.

Le détail important, ces compétitions se jouent sur VALORANT et non Counter-Strike. A première vue, cela peut paraître sans conséquence, une journée comme une autre, une tâche habituelle. Au contraire, cela représente une réelle gymnastique mentale de passer d’un jeu à un autre. Je vous invite à nouveau dans le trou du lapin d’Alice au pays de mes merveilles. Bienvenue dans mon monde. 

Apprendre un nouveau vocabulaire

Lorsque l’on a passé vingt ans de sa vie à utiliser les mêmes termes, encore et encore, ils deviennent ancrés extrêmement profondément dans notre façon de penser le monde et de le discuter. Par exemple, cela fait des décennies que je parle de Deagle, d’USP, de Glock ou d’AK-47. Le kit d’armes de VALORANT est structurellement relativement proche de CS:GO, mais avec des noms et des apparences très différents. Ces mêmes armes, si je devais tirer un parallèle, seraient nommées Marshal, Ghost, Classic et Vandal sur VALORANT. Pire, l’engin explosif, basiquement nommé bombe sur CS:GO depuis la nuit des temps, est appelé le spike sur VALORANT.

Je vous laisse imaginer les efforts que je dois faire lors de mes segments en live pour utiliser la nomenclature indiquée. Ma préparation pour ces événements m’a ramené au temps des études. Je me suis constitué une liste de mots que j’ai appris et répétée, matin et soir, pendant plusieurs jours. Il en va de même pour les habiletés de chaque agent que j’ai dû apprendre à décrire sans passer trop souvent par les mots génériques de “flash” et “smoke” que nous utilisons couramment dans le monde des FPS. Tel un étudiant de retour à l’université, j’ai recommencé tabula rasa pour ce nouveau jeu. Si je me permets une comparaison étrange, j’ai besoin de maîtriser instinctivement ce vocabulaire pour faire mon travail, de la même façon qu’un élève conducteur doit savoir passer les vitesses sans réfléchir pour conduire. J’ai trop d’éléments à gérer à la fois, lors d’une émission, pour me permettre de devoir “réfléchir pour trouver le mot correct”.

Rencontrer une nouvelle scène

Une partie importante de mon travail d’analyste est d’être aussi proche des joueurs que possible. C’est-à-dire connaître leur état d’esprit, leur philosophie de jeu, leurs forces, leurs faiblesses et leur forme du moment. Plus je suis familier avec les joueurs d’une compétition, plus je peux entrer dans une analyse fine et personnelle que les spectateurs pourront apprécier. Cette connaissance, comme une maison, se construit avec le temps, en ajoutant bloc après bloc, compétition après compétition.

Ce fut le cas sur CS:GO. De plus, lorsque je suis passé analyste, j’avais déjà une grande expérience en tant que joueur et une forte connaissance de la scène. Je dois maintenant apprendre à connaître une nouvelle scène. Chanceusement, une partie importante des joueurs du top niveau de VALORANT actuellement proviennent de la communauté CS et donc je n’ai pas le sentiment d’être totalement à côté de la plaque. Néanmoins,  tous les jours de nouvelles têtes, de nouveaux noms et de nouvelles façons de jouer apparaissent et je me dois d’être aussi à la pointe que possible avec cette nouvelle masse. Les joueurs sont les acteurs importants de la scène, les pièces maîtresses dans le spectacle qu’est l’esports, je me dois de les décrire aussi correctement que possible.

Ne pas tout réduire à CS:GO

En toute sincérité, l’un des pièges les plus sournois dans lequel je puisse tomber lorsque je travaille sur VALORANT est de tout analyser par le spectre de Counter-Strike. Il est indéniable que les deux jeux partagent une part d’ADN. Les matchs de très haut niveau ont de frappantes ressemblances. Les leaders tactiques qui ont sauté le pas de CS:GO à VALORANT ont évidemment maintenu certaines de leurs habitudes et de leurs philosophies de jeu.

Néanmoins, le véritable défi réside dans l’équilibre entre l’utilisation indiquée de ces comparaisons et la célébration des caractéristiques uniques de VALORANT. Certaines notions, originellement sur CS:GO, telles que l’analyse de l’économie de chaque équipe, les rotations de défenses, les stratégies et les fakes ou encore les rôles (sniper par exemple) proposent toujours des clefs de lecture pertinentes pour parler de ce nouveau jeu. Je n’ai aucune intention de m’en écarter juste par principe. Cela dit, les particularités des agents, les habiletés uniques, et les ultimates doivent intégrer ma réflexion à part entière lorsque je pense VALORANT.

Ces différences influencent massivement le déroulement des parties et si je ne deviens pas également un expert dans ce domaine-là, je vais passer à côté d’une partie essentielle du gameplay qui doit être discutée. Cela signifie me forcer à me distancer légèrement de ma zone de confort, des termes et des catégories mentales que je connais sur le bout des doigts. Cela représente une évolution vers quelque chose de nouveau. C’est également ce qui rend le défi excitant. 

La perspective d’une double casquette

Il est possible que je me trompe, mais aujourd’hui je suis persuadé d’être capable de jongler les deux univers et de travailler sur les deux jeux, si l’opportunité se présente. Je ressens un équilibre stable entre similarités et différences, qui pourrait totalement être viable sur le long terme. De plus, ces premiers tournois sur VALORANT vont sans doute être les plus compliqués puisque je manque d’automatismes. Mais cette situation ne peut que s’améliorer, si tant est que le travail est effectué.

Chaque jour devient plus facile que le précédent. De moins en moins d’efforts conscients sont nécessaires pour utiliser les bons mots, parler des nouveaux joueurs, des nouvelles équipes et réfléchir dans les catégories mentales appropriées. Mon expérience sur CS:GO me place dans une position idéale sur la ligne de départ, si je maintiens la philosophie d’utiliser cette expérience de manière complémentaire et non réductionniste.

Évidemment, mon parcours sur CS:GO va m’aider à comprendre VALORANT et donc à l’expliquer de manière efficace et engageante aux spectateurs. Mais ce n’est qu’en acceptant pleinement le caractère unique de VALORANT que je pourrai lui rendre justice lors des émissions. Cela passe par faire un pas hors de ma zone de confort. Grandir, en d’autres termes.

mm

Mathieu "Maniac" Quiquerez

Chroniqueur

Mathieu 'Maniac' Quiquerez est un des experts de la scène internationale de CS:GO. Ancien joueur professionnel durant plusieurs années, notamment chez LDLC et Titan, également ancien coach pour EnVyUs, il travaille maintenant comme analyste/expert pour les compétitions les prestigieuses du monde.

Mehr von Mathieu "Maniac" Quiquerez
signaler une nouveauté
Follow Us
Stay in the game!

Abonne notre bulletin maintenant!

Follow Us
eSports.ch